Après l’histoire du village endetté, voici une nouvelle fable à méditer: le mendiant, le cuisinier et le juge.
Un mendiant s’approche d’un bon restaurant, mais est trop pauvre pour rentrer. Le cuisinier est furieux de le voir rôder autour de son établissement, tente de le chasser, et finalement lui demande de l’argent. L’affaire va devant le juge, qui écoute les parties, le mendiant disant : « je n’ai pas consommé, donc je n’ai pas à payer », et le cuisinier rétorquant « il n’a pas mangé mais il a humé; or l’odeur comme la saveur est le fruit de mon expertise, donc il doit payer ».
Le juge se tourne vers le mendiant, lui demande une pièce de monnaie; le mendiant, probablement furieux d’avoir perdu, lui donne son unique pièce. Le juge se tourne alors vers le cuisinier, fait tinter la pièce, lui dit « Tu as entendu ? Tu es donc payé », et rend la pièce au mendiant.
A l’heure des batailles juridiques sur les droits d’auteur, la propriété intellectuelle, de l’affrontement entre “libre” et “propriétaire”, dans la joyeuse confusion générale autour des objets immatériels, cette histoire simpliste permet de s’interroger sur la valeur des choses mais également sur la valeur et la pertinence des échanges monnétaires. La monnétisation à outrance, y compris dans le domaine de l’immatériel, est-elle un avenir viable pour notre civilisation? Ce n’est peut-être pas la monnaie qui est en cause mais plutôt la manière dont nous l’utilisons.
Alors que l’économie de l’ère industrielle se décompose progressivement, arrivée aux limites de ses possibilités (Jean-François Noubel dirait les limites de son architecture), on sent poindre non pas une nouvelle économie mais des nouvelles économies, encore gentillement appelées alternatives ou complémentaires. Et l’humanité de réaliser peu à peu qu’elle s’est elle-même enfermée pendant des décennies, au moins, dans des schémas extrêmement limitants. Après la secousse de la crise économique mondiale et de ses répliques, de nouveaux paradigmes émergent de part et d’autre. Rassurez-vous, on n’invente pas la poudre, il s’agit de mécanismes connus depuis des siècles; c’est plutôt comme si les consciences endormies se réveillaient petit à petit pour accéder à un nouveau niveau de maturité.
Via La passion de Serge Soudoplatoff pour Internet.
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