Web 2.0: le fossé

16 juin 2007

Ollie

4 commentaires

Ce billet est un commentaire au billet Un vrai fossé sépare le web 1.0 du web 2.0 et ce n’est pas celui que l’on croit… de Sandrine Szabo

Tout d’abord, un bref rappel du sujet: UGC, trackbacks, wikis, podcasts, flux, le web 2.0 n’a pas de secrets pour les geeks. Pour les autres, les personnels lambda en entreprise notamment, la situation est tout autre:

“Entre ceux qui ont déjà du mal avec les emails et ceux dont l’utilisation d’internet se limite à messenger…Y compris en entreprise, rares sont ceux qui lisent de l’information sur internet…alors de là à consulter un blog, partager ses photos ou ses tags !”

Partant de ce constat, Sandrine propose que le premier groupe (les geeks) approche le second (les entreprises) en montrant…


“des avantages réels, pragmatiques qui vont leur permettre de franchir le pas [...] En montrant des choses toutes simples comme récupérer tout ce qui nous intéresse ou nous concerne comme information dans un aggrégateur, comment rechercher sur internet (beaucoup ne savent pas faire), comment créer des alertes sur un nom d’entreprise ou de personne, comment surveiller un sujet précis et comment se faciliter la vie (gmail, flickr, itune-podcast, gcalendar, delicious, plaxo etc…) on rendra tout simplement les gens si dépendants de ces fonctionnalités merveilleuses (et indispensables) que l’on pourra plus facilement et plus massivement faire rentrer internet dans les moeurs.”

Si je suis, sur le principe, d’accord avec Sandrine et que je partage son enthousiasme et son envie de transmettre des connaissances, force est de constater que les obstacles sont nombreux. En fait plus nombreux et plus difficiles à franchir que je ne l’imaginais au départ. Ils ne sont pas non plus ceux que l’on croit. Je vous propose un petit tour d’horizon en compagnie de Monsieur-tout-le-monde, un salarié-lambda que j’ai rencontré dans de nombreuses entreprises.

Monsieur-tout-le-monde n’est pas technophile

Alors que le geek adore mettre les mains dans le “cambouis” électronique pendant des heures voire des journées, qu’il jubile lorsqu’il est en ligne, Monsieur-tout-le-monde, lui, a une sainte horreur de tout ce qui comporte plus de deux boutons: On / Off. De plus, il ne considère pas la technologie comme un atout mais comme un mal nécessaire. Il a déjà assez de peine comme ça avec Excel…

Monsieur-tout-le-mode est allergique au changement

Rien de tel que la routine. On fait ce qu’on a l’habitude de faire. Ni plus ni moins. Comme ça, pas de surprise, pas d’inconnu. La routine rassure Monsieur-tout-le-monde. Les plus belles perles du web 2.0 n’y feront rien, Monsieur-tout-le-monde ne change ses habitudes que sous la torture. Et encore, celle de son patron uniquement.

Monsieur-tout-le-monde se contente de ce qu’il a

La réplique préférée de Monsieur-tout-le-monde: “Pourquoi changer? Ce que j’ai fonctionne très bien.”

Monsieur-tout-le-monde tient à rester invisible

Bloguer? Partager ses connaissances? Ses projets? Ses contacts? Vous n’y pensez pas! Le surcroît de visibilité que cela engendrerait, Monsieur-tout-le-monde n’en veut tout simplement pas. Dans son esprit, visibilité = surexposition = risques. Risque de la concurrence, risque de la faute, risque du ridicule. N’oubliez pas que Monsieur-tout-le-monde a grandi dans la société du champion, une société basée sur un modèle unique: celui qui réussit écrase les autres. Alors la collaboration, le partage… beaucoup trop dangereux. De toute façon, les projets sur lesquels il travaille sont confidentiels.

Monsieur-tout-le-monde n’a pas le temps de jouer

Il a une demi-douzaine de rapports complexes à remettre avant la fin du mois et ne peut pas perdre la moindre seconde à des futilités. Dans son esprit, rester connecté sur le net plus du strict minimum est perçu comme une perte de temps. Quelqu’un pourrait d’ailleurs le lui reprocher, il paraît que le département informatique contrôle le temps que les employés de l’entreprise de Monsieur-tout-le-monde passent sur Internet…

Monsieur-tout-le-monde ne comprend rien à Internet

Il sait envoyer un email, chercher un mot-clé dans Google, commander son billet Genève-Paris. Le reste, c’est plus ou moins du chinois. Par conséquent, il préfère éviter le sujet plutôt que de paraître ridicule.

Monsieur-tout-le-monde n’utilise aucun outil qui n’est pas officiel dans son entreprise

Trop dangereux à cause des virus, des pirates, des hackers. La semaine dernière, la société où travaille le cousin de Monsieur-tout-le-monde s’est fait hacker. Et puis, le collègue de bureau de Monsieur-tout-le-monde pourrait s’en apercevoir. Il y a toutes les chances pour que Monsieur-tout-le-monde se contente prudemment du couple email + MS-Office.

La direction de Monsieur-tout-le-monde ne voit pas le web 2.0 d’un bon oeil

Le web 2.0 c’est abandonner le pouvoir à l’utilisateur. Pour la direction, c’est dangereux. Elle doit absolument veiller à conserver le contrôle de l’information. Elle ne va donc rien faire pour encourager les “attitudes” web 2.0 tout en prétendant le contraire.

Je pourrais continuer la liste.

Et ne commettez surtout pas l’erreur de surestimer l’âge de Monsieur-tout-le-monde! En fait, il est trentenaire.

Le problème de Monsieur-tout-le-monde n’est pas technologique non plus, il est d’ordre culturel; c’est son attitude et celle de ses collègues qui freinent la pénétration du web 2.0 dans les entreprises.

Malgré tout, il faut évangéliser, expliquer, réexpliquer, réréexpliquer et encore expliquer. Mais tout cela prendra encore du temps. La situation changera sans doute radicalement avec l’arrivée sur le marché du travail de la génération qui est née avec le web, dans une dizaine d’années. D’ici là…

4 commentaires à propos de "Web 2.0: le fossé"

Eric a dit:
16.6.2007

Salut Ollie, très joli billet malheureusement tellement à vrai. Le travail est de longue haleine c’est vrai !! Alors retroussons nous les manches !

Sugus a dit:
16.6.2007

Un peu caricatural ! Le monde n’est pas partagé entre geeks (les bons) et utilisateurs lambda (les mauvais) réfractaires à tout changement. La réalité ne s’inscrit pas en noir/blanc. Le web 2.0 n’est pas l’évangile qui va apporter le salut au monde. Pourquoi “il faut”? Il ne faut rien du tout, c’est quoi ce terrorisme ? Les choses en effet évolueront tout naturellement avec la génération qui monte, mais ce qui est sûr : dans 10 ans le web 2.0 sera depuis longtemps passé aux oubliettes !

Ollie a dit:
17.6.2007

Je n’ai jamais dit que les geeks étaient les bons et les autres les mauvais; et la réalité ne s’inscrit pas en noir/blanc en effet. J’ai parlé de culture et d’attitude, pas de morale.

Il ne faut rien, chacun est libre de choisir, c’est évident. Cependant, le web 2.0 provoque de tels bouleversements dans les comportements, dans la manière de voir les choses, d’appréhender le business, les marchés, les relations, l’information, etc, que beaucoup de retardataires vont se retrouver complètement perdus. Il ne sont pas forcément tous réfractaires, c’est parfois une question d’ignorance, de peur, de moyens (si l’entreprise ne les met pas à disposition).

Les nouvelles générations vont certes influencer les mentalités existantes mais l’évolution peut plus ou moins bien se passer dans les entreprises. Le problème à l’heure du web 2.0 c’est que les erreurs se paient se cash et la sanction est immédiate, tout s’accélère. Ce ne sont pas les exemples qui manquent dans le business. Je ne pense pas que le web 2.0 sera passé aux oubliettes dans 10 ans. Le changement est trop important, trop profond. Je crois en revanche qu’il aura complètement modifié le paysage professionnel; peut-être verrons-nous déjà un web 3.0 dans dix ans, qui sait?

Ethocom a dit:
19.6.2007

Faut parler d’abime je penses …

un fossé ca se traverse …
une abime non …

Ceux qui ne suivront pas le virage web 2.0 sont mort …
Il ya peu de temps j’étais a une ocnference “de specialistes” j’ai tenu 20 minutes …

Le fossé web 1.0 vs web 2.0 est quasiment de la meme dimension que celui que j’ai avec les idées de mes parents :) ))

Bonne journée

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