La pieuvre pénètre encore plus la sphère privée

D’abord, on apprend que les fils RSS ne seront plus indexés par Google. Puis, quelques jours plus tard, Google Reader introduit le partage des billets avec des profils « amis », inclus automatiquement à partir de ses propres contacts Gmail croisés avec Gtalk. Enfin, on voit se profiler à l’horizon l’utilisation généralisée des profils Google, centralisés et liés progressivement à tous les outils Google que nous utilisons.

Les profils sont apparus automatiquement dans Google Reader, sans véritable explication, ni sur le principe ni sur la méthode. Si vous êtes utilisateurs de Google Reader, vous devriez trouver dans vos préférences, un certain nombre de contacts que Google a sélectionnés pour qu’ils puissent accéder à vos billets partagés.

Voilà donc une nouvelle fonctionnalité imposée par Google. Sous la même étiquette « partage », elle est tout de même très différente du « Your shared items » auquel nous avons eu droit jusqu’à présent. En effet, les billets sélectionnés étaient auparavant rendus publics via une page dédiée dont l’adresse devait être communiquée manuellement aux personnes de son choix. Désormais, les billets sélectionnés sont directement et automatiquement accessible par les profils « amis ».

Les utilisateurs ne sont pas franchement emballés par ce nouveau système. Comme le souligne Mashable, « il est assez compréhensible que des utilisateurs refusent de voir leur liste de partage envoyée à leurs contacts par email mais veulent uniquement que Google reader leur génère une liste archivable qu’ils pourront partager s’ils le souhaitent (avec les personnes qu’ils souhaitent) ».

Google se justifie tant bien que mal et propose à ceux que la nouvelle fonctionnalité rebute d’opter pour le partage par tags, une méthode reprise par Steve Rubel. Autre méthode: si la liste des contacts « amis » ne convient pas, Google recommande d’effacer les contacts indésirables de sa liste de contacts Google Mail. Pas idéal non plus, car on peut très bien avoir de bons contacts dans sa liste Gmail avec lesquels cependant on ne souhaite pas partager ses lectures.

Il y a plusieurs autres facteurs dérangeants dans cette affaire.

Google impose

Tous les geeks jubilent tant que Google offre des tonnes d’applications et de fonctionnalités géniales, utilisables en ligne, librement et gratuitement, même inondées de publicité. Avec les profils, c’est différent car Google impose une fonctionnalité qui pénètre la sphère privée beaucoup plus nettement.

Google indiscret

A terme, les profils permettront de ficher tous les utilisateurs, non plus seulement via leurs recherches, mais selon leur réseau social; Google peut désormais savoir ce que nous lisons et avec qui nous en parlons. En fait, tout est question de perception car Google sait déjà beaucoup de choses sur nous…

Google habile

Grâce à un système opt out, la nouvelle fonctionnalité est activée par défaut et tous les billets partagés sont accessibles aux amis présélectionnés; pour la contourner, l’internaute lambda doit tout d’abord la comprendre puis désactiver les contacts ou les billets déjà partagés. Une opération que seuls certains effectueront.

Google malin

Google évite ce que Robert Scoble appelle les Granular Privacy Controls, c’est-à-dire la possibilité pour l’utilisateur de définir plusieurs niveaux de partage. But probable de l’opération: ne pas laisser le choix du partage dépendre de la volonté et de l’action de l’utilisateur (qui pourrait le réduire au minimum voire y renoncer) mais le rendre automatique et transverse.

Stratégie Web 1.9

Malgré une parfaite maîtrise de la technologie (Ajax et compagnie), Google adopte une stratégie clairement anti-web 2.0 en ignorant le feedback négatif des utilisateurs. Jusqu’à quand? La frustration des utilisateurs est-elle suffisante pour provoquer une migration massive vers d’autres agrégateurs en ligne moins intrusifs?

Rien n’est privé

Les pros du web le savent, les utilisateurs ont bien du mal à le comprendre. Le fait est que cette affaire relance de plus belle le débat sur la sphère privée, les violations du droit par Google, la question de l’identité numérique. Et on n’a pas fini d’en parler.

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4 Responses to La pieuvre pénètre encore plus la sphère privée

  1. Vince says:

    Faut si faire, rien n’est gratuit! Les pub qu’on regarde ne sont que la surface de l’iceberg…
    Pour faire face aux indiscretions de Google j’ai développé un p’tit plugin pour Firefox. Grosso modo il fait plein de recherches (assez réaliste) en background pour que Google ne s’y retrouve plus. C’est dispo sur mon site web (cliquer sur mon pseudo :)

  2. Missmath says:

    Ollie, parle-nous de pageflake.

  3. Ollie says:

    >Missmath: tu veux dire Pageflakes?

  4. Missmath says:

    Désolée, Ollie, nous sommes envahis par la neige cette année, alors je crains que mon inconscient a espéré un singulier au mot flocon… pourtant, c’est tellement plus joli au pluriel.

    Cette plate-forme permet de partager des pages de liens, de photos, de fils rss… C’est un ami bien branché qui me l’a fortement suggéré, mais je dois avouer qu’il n’a pas su me convaincre. C’est pour cela que j’espérais ton avis.

    Bonne année, Monsieur des Montagnes

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